Une politique sans courage au détriment des contribuables : avec le projet AVS 2030, le Conseil fédéral ne présente pas une réforme viable, mais une nouvelle salve de charges à long terme. Parce que la classe politique esquive tout débat sur l’âge de la retraite, ce sont — une fois de plus — des impôts et des cotisations en hausse qui devront combler les lacunes structurelles du système.
L’objectif du projet présenté cette semaine à Berne est de stabiliser les finances de l’AVS pour la décennie 2030-2040. La méthode choisie, aussi prévisible que dénuée d’imagination, consiste à mettre la main au porte-monnaie des citoyens. Sous couvert de « modernisation », les employeurs, les salariés, les indépendants et les PME sont mis à contribution et se voient imposés de nouvelles charges administratives. Des recettes supplémentaires dérisoires feraient ainsi face à un déficit de l’AVS qui se chiffre en milliards dès 2026. Des taux de TVA plus élevés et peut-être même une nouvelle hausse des cotisations salariales seraient alors censés sauver le système
La « patate chaude » de l’âge de la retraite
C’est la vérité qui dérange et que personne n’ose prononcer au Palais fédéral : un assainissement durable de l’AVS est impossible sans réforme structurelle. Qu’il s’agisse d’un relèvement modéré de l’âge de référence, de l’introduction d’un frein à l’endettement ou d’un modèle de temps de travail sur l’ensemble de la vie active, les solutions existent. Pourtant, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider et l’ensemble du Conseil fédéral préfèrent refiler la « patate chaude » aux générations futures. Les questions de fond sont ajournées, pendant que le socle de notre prévoyance continue de s’éroder.
Attaque contre le deuxième pilier
Faute d’oser des ajustements structurels dans le premier pilier, le gouvernement s’en prend au deuxième. En prévoyant de relever l’âge minimal de la retraite anticipée de 58 à 63 ans, le Conseil fédéral restreint massivement la liberté de choix des citoyens. Au lieu d’assainir sérieusement l’AVS, on place la prévoyance professionnelle sous tutelle. Ce mélange des genres est irresponsable et constitue une attaque frontale contre la responsabilité individuelle.
Peu de lumière, beaucoup d’ombre
Les rares lueurs d’espoir, comme l’amélioration des incitations financières à travailler au-delà de 65 ans, ne parviendront pas à masquer le fait que cette réforme est insuffisante. Le volontariat seul ne sauvera pas l’AVS. Au lieu de plâtrer une jambe de bois par manque de courage politique, le Conseil fédéral doit enfin s’attaquer aux racines du problème. Cela exige un débat honnête sur l’âge de la retraite, plutôt que de rejeter systématiquement le fardeau de la prévoyance vieillesse sur l’économie et les générations à venir.